études de villes

Mes carnets de croquis sont remplis de dessins préparatoires de villes imaginaires. Esquisser la forme d’une ville, son relief et sa géographie, y ajouter des calques d’infrastructures ou de transports ; cela me permet de « voyager par l’esprit », pour reprendre les mots de Pessoa. Le pouvoir poétique des cartes, trop souvent négligé au profit de leur dimension politique, est le moteur de ma réflexion artistique. Cette série de croquis cartographiques façonne les contours d’un atlas imaginaire, d’un répertoire de villes inventées et d’une certaine poétique des cartes.

Ville #24 – Serralvés

Crayon-papier sur carnet— 29,7 x 21 cm — 2026

Serralvés est la capitale de la République de Turgia. Le relief de la ville est marqué : elle s’étend entre 700 et 1 200 mètres d’altitude et est bordée au nord comme au sud par des sierras atteignant 1 400 mètres. À environ 50 kilomètres au nord de la ville, le volcan Tapalcán et son glacier — un volcan endormi culminant à 4 511 mètres — dominent l’horizon de Serralvés, notamment depuis les collines des quartiers sud. La zone urbaine s’étend sur près de 30 kilomètres autour de la confluence du fleuve Turgia et de son affluent, le Tapalcán. Son climat est sec et chaud : si en hiver il gèle parfois, le thermomètre dépasse souvent les 30 °C d’avril à octobre.

La Ciudad Velha, noyau historique de la ville, se trouve sur les rives du fleuve Turgia, coincée entre trois collines : Penalta, Rosariá et Turgia. Cette dernière est occupée par un grand parc urbain et un jardin abritant le palais présidentiel. Peu de bâtiments d’origine ont été conservés, et les rares vestiges d’hôtels particuliers côtoient des immeubles construits dans les années 1960 et 1970.

À l’est de la Ciudad Velha, grâce au faible relief d’une plaine alluviale, le centre-ville s’est développé selon un urbanisme en cuadra dès la fin du XIXe siècle, autour des bâtiments administratifs et gouvernementaux ainsi que de l’immense Plaza da República — zone mauve sur la page de droite. Dans les années 1930 et 1940, l’implantation de nombreuses entreprises, banques et compagnies d’assurances participe à la croissance rapide de cette ville basse. Au cours des années 1960 et 1970, les rues quadrillées du centre-ville sont progressivement ponctuées de grands immeubles vitrés accueillant, au rez-de-chaussée, de vastes magasins et galeries commerçantes. Avec ses grandes avenues bouchonnées en semaine, ses longues rues piétonnes et ses quatre grandes plazas ombragées par d’immenses ficus et palmiers, ce quartier de trois kilomètres de diamètre constitue le cœur économique et social de la capitale.


Au sud-ouest de la Ciudad Velha, les cinq collines qui font la confluence du Turgia et de son affluent, le TapalcánMaraná, Fluencia, Santa Julia, Boavista et Penalta— sont investies dès les années 1920 et 1930 par de nombreuses maisons et petits immeubles en bois et en tôles colorées. Si ces quartiers demeurent aujourd’hui majoritairement résidentiels, avec leurs petites placettes fleuries et paisibles, loin du tumulte des villes basses, on y trouve également des rues commerçantes avec cafés, librairies, galeries et ateliers d’artistes. Depuis les années 1980, les cinq collines sont devenues le refuge de la bohème serralvessi. Aujourd’hui, les touristes s’y pressent pour profiter des panoramas sur la ville et de l’ambiance pittoresque accentuée par les cinq lignes d’anciens tramways qui continuent de circuler dans les rues étroites et colorées.

De l’autre côté de la confluence, dans une boucle du Tapalcán, se trouve la seconde grande ville basse de Serralvés : Barraloga. À l’origine, il s’agissait d’un quartier industriel aux rues quadrillées. Son architecture se caractérise par de nombreux garages et entrepôts de faible hauteur construits dans les années 1940 et 1950. On y trouve également le plus grand marché de neuf et de puces du pays. Si les activités industrielles se sont progressivement déplacées vers les périphéries de la ville, Barraloga demeure aujourd’hui un quartier populaire et commerçant où l’on trouve de tout.

À partir de ces deux villes basses et de la confluence, Serralvés s’est développée sur les flancs des collines qui dominent la ville. Les quartiers bourgeois se caractérisent par des ruelles calmes et ombragées bordées de villas avec jardins et piscines, principalement sur la colline de Rosariá et dans les banlieues du sud-est. Les quartiers de la classe moyenne sont reconnaissables à leurs petites maisons et immeubles des collines du sud et du nord-est, tandis que les constructions informelles de maisonnettes en briques creuses sont typiques des quartiers pauvres situés sur les hautes collines du nord.

ville #65 – San Benito de Áraga

Crayon-papier sur carnet et calque— 29,7 x 21 cm — 2025 

San Benito de Áraga est la capitale du Territoire d’Áraga, petit royaume parlementaire situé sur une péninsule de faible altitude qui se détache d’un littoral montagneux. Sa superficie atteint 706 km² avec une partie de la montagne d’Áraga. Les terres très fécondes de cette péninsule et sa position stratégique dans la mer Loussade font très tôt de San Benito de Áraga un comptoir maritime important et un royaume puissant.

La ville historique s’étale autour de la petite colline de l’Oímeda, qui garde l’embouchure du Rio Áraga. À l’ouest, le vieux port et à l’est, les faubourgs de l’Oímeda. Sur la rive sud du petit fleuve, les quartiers traditionnellement populaires de Faro, Capa et Central — le quartier de la gare, construite en 1834. Dans les années 1870, le nouveau quartier d’El Rey, à l’urbanisme orthogonal, émerge à l’est de la ville et devient le centre de l’élite bourgeoise. Au cours du XXᵉ siècle, une fiscalité particulièrement avantageuse attire de nombreux investissements et une forte migration, encouragée par les besoins de mains d’œuvre nécessaires à l’expansion urbaine. Des quartiers entiers voient le jour : La Quinta, El Peral, La Vega et un aéroport international est construit en 1965 et agrandi en 1988. Au nord du centre-ville, des collines de faible relief forment Las Jabalas, quartier résidentiel et populaire, qui s’étalent autour de petites cales de pêcheurs comme Cala Buena ou El Chozo. Par son côté pittoresque et les vues qu’il offre sur la mer, le quartier est aujourd’hui très prisé. San Benito de Áraga est aujourd’hui réputée pour son dynamisme économique et les nombreuses plages qu’elle offre. La côte est de la péninsule est connue pour ses stations balnéaires : Santa Amalía, Pueblo de la Playa, La Providencia, etc. 

ville #64 – Sant Marti

Crayon-papier sur carnet et calque — 1:50 000 — 29,7 x 21 cm — 2025

Important port de 230 000 habitants, Sant Marti est situé sur une presqu’île rocheuse qui ferme une baie marécageuse. Historiquement, la ville se distingue par la pêche, et le commerce maritime. Dès le XVIIIᵉ siècle, le port profite de la culture du lin et du chanvre dans l’arrière-pays pour développer une industrie du cordage et de la voile. Au début du XIXᵉ siècle, face à une population trop dense dans la presqu’île (environ 50 000 habitants), les industries assèchent les marais de la rive opposée de la baie et construisent des entrepôts qui accueillent la production de corde et les conserveries de poisson. Au tournant du XXᵉ siècle, la croissance démographique dans la presqu’île est telle que la classe bourgeoise s’installe sur la rive opposée, dans une ville nouvelle caractérisée par des immeubles art-déco. 

La ville de Sant Marti est aussi connue pour ses révoltes ouvrières de 1871, 1910 et la commune de 1936, durant laquelle la population prend le pouvoir de la vieille-ville et déclare la presqu’île indépendante. Cette rébellion sera matée dans le sang à la suite d’un siège naval de 1312 jours mené par l’armée.

Dans la seconde moitié du XXᵉ siècle la ville et les industries continuent de se développer tout autour de la baie, sur d’anciennes terres de pâturage marécageuses. Dans les années 50 et 60, un nouveau port industriel est construit sur l’extrémité de la presqu’île et un terminal pétrolier et gazier est installé en fond de baie. De nos jours, l’économie de Sant Marti repose sur la pêche, le commerce maritime, l’industrie pétrochimique et le tourisme.

Pour passer d’une rive à l’autre, il faut emprunter un bac qui effectue la traversée en 10 minutes. Ou bien, il faut faire le tour de la baie : 25 minutes en train, ou bien 35 minutes en voiture, bien que la circulation dans l’ancienne ville soit déconseillée, en raison de l’étroitesse des rues et de la congestion de l’unique artère centrale, empruntée par les semi-remorques qui relient le port industriel.

ville #71 – Valaderés (1:33 000) + ville #72 – Bomporte (1:100 000)

Crayon-papier sur carnet — 29,7 x 21 cm — 2025

Bomporte est le principal port du littoral Loussade, après San Benito de Áraga. Avec une population de 350 000 habitants, il se situe au fond d’une baie et à l’entrée d’un estuaire. La ville s’étend principalement sur les collines de la rive orientale. Depuis le rocher de la Ciudad Velha et le vieux port qui ferment l’estuaire, de nombreux quartiers résidentiels se sont développés : Marcia, Santa-Cecilia, L’Alma, etc. Dans les années 1920, Bomporte est surnommée « la Perle de la mer Loussade », mais son rayonnement est rapidement dépassé par celui de sa rivale San Benito. Au cours des années 80, se développe sur une zone plane de la rive ouest le quartier de Vila Nova, le nouveau port industriel et l’aéroport. Il règne à Bomporte une atmosphère au charme désuet et décadent. 

Valaderés est un port de pêche de 87 000 habitants situé sur un littoral de petites falaises qui forment un plateau calcaire, réputé pour être brumeux une bonne partie de l’année. La ville est constituée de 14 petites cales de pêcheurs qui fusionnent en 1940 pour former une municipalité. À cette époque, est construite l’Avenida Grande pour relier, par l’intérieur, les différentes cales. À partir des années 1960, l’arrivée de l’autoroute et d’un marché de gros de produits maritimes font exploser la croissance de la ville.

Le littoral de la mer Loussade est caractérisé par plusieurs séquences géomorphologiques : Sant Marti (hors-cadre, à l’ouest) et Valaderés se trouvent toutes deux sur des plateaux calcaires de faible altitude qui se détachent de la grande chaîne montagneuse qui domine le littoral, formant la baie de Bomporte. À l’est du plateau de Valaderés, le massif de montagne affleure la mer, à l’exception de la petite péninsule d’Áraga. Le climat du littoral Loussade est chaud et ensoleillé. À l’ouest d’Áraga, les précipitations sont faibles et les paysages secs, tandis qu’à l’est de la péninsule, le climat est humide, offrant d’imposantes montagnes verdoyantes qui plongent dans la mer.

ville #62 – Regopolis

Crayon-papier sur carnet et calque— 29,7 x 21 cm — 2025

Avec ses 3,7 millions d’habitants, Regopolis — surnommée « Rego » — est la capitale d’un pays (un grand pays, cette fois-ci). L’emplacement géographique de cette nouvelle ville résulte d’un souci de neutralité régionale et de centralisation, suite à l’unification d’anciens états et à la définition d’un nouveau territoire national. Fondée en 1927, la ville accueille les administrations dans le courant des années 1940 et, à partir de 1950, ce sont près de 300 000 fonctionnaires et leurs familles qui s’y installent. Puis, la ville croît rapidement à mesure que les entreprises privées s’implantent : 1,5 million d’habitants en 1970 et 3 millions en 2012.

Située dans une sierra aride, entre 900 et 1 200 mètres d’altitude, Rego s’implante sur les vestiges d’une cité antique, supposée parente du pays unifié. La ville est entourée au nord par une chaîne de montagnes culminant à plus de 2 000 mètres, et au sud par une région agricole de moyenne altitude. Le climat y est chaud, sec et ensoleillé. Récemment, les périodes de stress hydrique dans la ville s’intensifient.

Calque 1 : l’expansion urbaine dans le temps, en fonction du type de bâti.
Calque 2 : le réseau routier.
Calque 3 : les cinq lignes de métro et leur date d’inauguration, depuis 1952 — avec 6 stations et 4,2 km de réseau — jusqu’à aujourd’hui — avec 92 stations et 85,6 km de réseau. 

ville #62 – Quieto de Amarál

Croquis cartographique sur carnet et calque quadrillé, crayon-papier — 14,8 x 21 cm — 2024

Ville portuaire importante d’environ 800 000 habitants, Quieto de Amarál, surnommé « Quieto », est composée de deux ensembles urbains bien distincts. Au sud, la baie aux eaux paisibles abrite le centre-ville historique : des immeubles fin XIXe composent le plan orthogonal de la ville basse et formaient, jusque dans les années 80, le cœur économique de la ville, tandis que les collines environnantes concentrent les quartiers résidentiels. De vieilles maisons bourgeoises décrépies laissent place à des maisonnettes précaires en brique creuse et en tôles sur les collines les plus élevées et les plus excentrées. Au sommet des collines, des formations rocheuses typiques de la Sierra de Amarál avoisinante, empêchent la construction d’habitations, et l’on trouvait jusqu’à récemment des programmes urbains nécessitant une importante emprise au sol : un cimetière, une prison, des forts militaires, etc. Aujourd’hui, de grands parcs urbains les ont en partie remplacés et sont très prisés par les habitants. 

Au nord, le quartier de San Pedro est le nouveau poumon économique de la ville. Jusque dans les années 80, un modeste village de pêcheurs éponyme, formait le faubourg nord de la ville sur un delta aux eaux saumâtres. Avec le déclin du centre-ville, les zones humides environnantes ont peu à peu été asséchées afin de construire la ville en expansion. Aujourd’hui, les habitations traditionnelles du village de pêcheurs sont encerclées par les sièges sociaux et les tours vitrées des entreprises fraîchement débarquées ainsi que par les nouveaux immeubles résidentiels néo-classiques des élites bourgeoises. Depuis une dizaine d’année, une nouvelle zone portuaire et industrielle s’est également implanté, renfermant un terminal pétrolier flambant neuf. Le climat de la Sierra de Amarál est sec, ensoleillé et chaud ; bien qu’en hiver les collines de Quieto soient souvent enveloppées d’une épaisse brume qui se dissipe à l’heure du déjeuner. 


ville #61 – Bermeja

Crayon-papier sur carnet et calque — 29,7 x 21 cm — 2025

Bermeja est une cité-État de 2,7 millions d’habitants, située sur une presqu’île de 19 km de long sur 5 km de large et dont le point culminant atteint 411 mètres. Comptoir maritime fondé il y a près de 1 500 ans, la ville est souveraine depuis 857 ans. Caractérisée par un fort multiculturalisme, la métropole a toujours été le refuge de nombreuses migrations qui ont participé, à travers l’histoire, à son rayonnement marchand et maritime. La cité-État est aujourd’hui une place financière de premier rang. Le relief accidenté et la superficie contrainte de la presqu’île ont engendré une forte densité de population et un urbanisme marqué par de nombreuses tours de bureaux et d’habitation. Le territoire souverain se prolonge sur le continent, couvrant 169 km², et accueille depuis 1978 un aéroport international.

ville #59 – Hallín + ville #58 – Portal

Crayon-papier sur carnet— 14,8 x 21 cm — 2025

Hallín est une ville de 800 000 habitants située à 500 mètres d’altitude, sur un haut plateau. Capitale d’un petit pays, elle concentre une activité économique modérée. Son urbanisme se caractérise par des rues en damier, rendu possible par un relief relativement plat. Le climat de Hallín est frais, tempéré, sec et très nuageux. Elle forme un couple urbain avec Portal de la Sierra, ville portuaire située à seulement 38 km (page de gauche : les deux taches oranges en haut).

Portal de la Sierra, 180 000 habitants, est une ville portuaire importante qui profite de sa proximité avec la capitale. Située sur un littoral escarpé, la ville est divisée en trois séquences urbaines distinctes : « El Plano » — ville basse où se trouvent les infrastructures portuaires et de nombreux sièges d’entreprises ; « Boa Vista » — première ville haute (à environ 90 m), caractérisée par un urbanisme résidentiel composé d’immeubles bourgeois du début du XXᵉ siècle, tombant peu à peu en désuétude ; et « Las Altas » — seconde ville haute (à environ 220 m), résidentielle, faite de maisons ainsi que de zones commerciales, s’est développée à partir des années 80. Cette dernière est coincée contre une chaine montagneuse littorale culminant à 600 mètres qu’il faut traverser pour accéder au haut-plateau sur lequel se trouve Hallín. À Portal, le climat est plus chaud et plus ensoleillé qu’à la capitale. En bus — il n’existe à ce jour pas de liaison ferroviaire — le trajet entre Hallín et Portal dure en moyenne 50 minutes.

Tickets

Crayon-papier sur carnet— 29,7 x 21 cm — 2024-2026

Croquis préparatoires pour tickets de transports :

_ (1/7) Ticket du Train Express Métropolitain, géré par la CPTM (Compagnie Publique des Transport Métropolitain) de « Sept Communes ». Introduit en 2005, ce nouveau ticket est au format 85 x 55 mm. Le numéro 20 représente la zone tarifaire.

_ (2/7) En haut : Recto/verso du ticket de métro de « Sept Communes », géré par la CPTM (Compagnie Publique des Transport Métropolitain). En bas : Recto/verso de l’ancien ticket du Train Express Métropolitain de « Sept Communes », aussi géré par la CPTM (Compagnie Publique des Transport Métropolitain), ancien format en vigueur jusqu’en 2005.

_ (3/7) Esquisse et dessins préparatoires du plan de métro et de train de  « Sept Communes ».

_ (4/7) Deux tickets de métro de Bermeja [j’ai déjà présenté la carte de cette ville il y a quelques semaines]. Le métro de Bermeja est surnommé « La Ornuja » — la chenille, dans la langue locale — en raison de ses dix wagons pneumatiques raccourcis — 7 mètres de longueur —, rendus nécessaires par les fortes pentes et les courbes resserrées du réseau, elles-mêmes engendrées par la topographie de la ville.

_ (5/7) Un ticket de tramway et un ticket de métro de San Benito de Áraga [voir la carte de la ville dans mes derniers post]. Le tramway de San Benito opérait dans le centre-ville entre 1907 et 1957, tandis que la première ligne de métro est construite en 1972 et le réseau souterrain compte aujourd’hui 4 lignes et 60 km de réseau.

_ (6/7) Deux tickets — plein tarif et tarif-réduit — du train autorail diesel qui opère sur l’île de la série « Une île », présentée l’année dernière.

_ (7/7) Croquis pour de futurs tickets imaginaires.