L’Invention du Quotidien
Série de 3 — 2026
_ Les vapor-ferry de Beou [diptyque] — Collage et tampon sur deux feuille à carreaux dactylographiée, cadre en Garapa — 21 x 29,7 x 3 cm
_ Tickets, Regopolis — Texte dactylographié, collage et tampon sur Tomoe River 52g/m2, cadre en Garapa— 21 x 29,7 x 3 cm
_ Tickets, Serralvés — Texte dactylographié, collage et tampon sur papier teinté, cadre en Garapa— 21 x 29,7 x 3 cm
La disparition des titres de transport m’attriste. Les tickets de métro de Paris, la MetroCard de New York … Ces billets faisaient partie du quotidien de la ville, un quotidien invisible ou presque. Des bouts de papier qui passaient inaperçus et qu’on oubliait souvent à la sortie du bus ou du métro. Pourtant ils participaient de ce qui fait la ville, de ces trajets journaliers qui façonnent une métropole, qui la rendent vivante.
L’art est aussi là, il me semble, pour rappeler la poétique du quotidien, la musique des gestes répétés et des objets de tous les jours. C’est une dimension qui me plaît, rendre visible ce qu’il est facile d’oublier. C’est aussi, dans ma pratique, des objets qui se complètent avec les cartes que j’imagine.
Là où les cartes dispensent une vision panoptique du territoire, le titre de transport fait la preuve de l’expérience vécue de la ville. La dimension temporelle et unique d’un ticket de métro est manifeste, tant il porte sur lui les empreintes du temps et de l’espace — poinçons ou tampons, dates, traces et déchirures. Ce simple bout de papier est à lui seul l’extension de l’individu qui marche et qui pratique la ville, du Wandersmanner — que Michel de Certeau opposait au Voyeur, à la vision en plan, divine et omnisciente, qui se soustrait au temps1. C’est pourquoi j’apprécie autant les tickets de transport, pour ce qu’ils apportent aux lieux que j’invente, parce qu’ils donnent vie à mes cartes imaginaires, qu’ils leurs donnent la consistance du réel.
Dans cette première série, je collectionne les titres de transport fictifs provenant de mes villes imaginaires, chacun d’entre eux présenté avec un bref texte faisant le récit de la ville dont ils proviennent est encadré dans une caisse en Garapa.
1. DE CERTEAU Michel, L’invention du quotidien, Tome 1, chapitre VII « Marches dans la ville », Gallimard, 1980
_ Les vapor-ferry de Beou [diptyque] :
« Surnommés les vapos, les célèbres vapor-ferry de Beou voient le jour en 1904. À l’époque, deux lignes assurent des liaisons entre les rives de la ville. En 1927, ce sont cinq lignes qui relient l’ensemble de l’estuaire du Velbo et qui font parties du réseau public de transport de la ville de Beou. Mais au cours de la seconde moitié du XXe siècle, les lignes ferment peu à peu pour laisser place au transport automobile et ferroviaire. En 1988, il ne reste plus que trois lignes de vapor-ferry et en 2007, la ligne n° 2 ferme définitivement, trop concurrencée par le tout récent métro, entré en service en 1996. Aujourd’hui, l’unique et dernière ligne de vapo fait une boucle et relie les stations de Tava, Estabelo, Estacão, São João et Marina — rive nord — et Velero et Arsenal — rive sud. La traversée la plus longue — entre Arsenal et Marina — dure 12 minutes. Jusqu’en 2003, on pouvait encore embarquer sa voiture sur les bacs ; aujourd’hui, ils ne sont réservés qu’au piétons, cyclistes et mobylettes. C’est également à cette date que les vieux billets papiers disparaissent au profit de ticket cartonnés.
Attendre le vapo dans l’une des six gares fluviales est l’occasion de profiter de l’un des nombreux et typiques stands de fast-food en commandant un Bego Salcisse — célèbre sandwich chaud garni d’une saucisse de porcs fumé et de choux cuit aux oignons, raisins secs et graines de coriandre. La dernière ligne de vapor-ferry de Beou n’est pas menacée puisqu’elle permet d’économiser 55 minutes sur le trajet Arsenal / Marina. Mais surtout, ces bateaux des années 50 qui slaloment entre les porte-conteneurs qui mouillent dans l’estuaire, crachant une épaisse fumée et faisant retentir leurs corne de brume à travers toutes les collines de Beou, façonnent réellement l’identité de la ville portuaire. »
_ Tickets, Regopolis :
« Créé en 1952 — 25 ans après la fondation de la ville — le métro de Regopolis compte aujourd’hui 6 lignes, 92 stations et 85,6 km de réseau. Géré par la R.T.M.R. — la Régie des Transports Métropolitains de Regopolis — le métro de Rego transporte 1,7 millions de passagers quotidiens et emploi 3450 personnes. Voici deux exemplaires des derniers tickets à compostage, horodatés du 12 février 2006, avant le passage en avril de la même année à la validation numérique. Leur format typique de 30 x 66 mm restera en mémoire des regapolien.nes qui les ont connu. Tout comme la couleur verte pâle des tickets à tarification normale — 2,45 $ Federals — et le jaune pâle des tickets à tarification réduite — 1,35 $ Federals. Je me rappelle avec émotion avoir composté ces deux billets pour un premier voyage de la station Ipomoea – Parque das Alturas à la station Ambassades et un second voyage de la station Avenida Meridional à la station Estação Central en 2006 lors d’un rapide séjour dans la capitale. »
_ Tickets, Serralvés :
« Voici un des tickets typiques du métro de Serralvés, en papier thermique au format 48 x 156 mm. Ces tickets, reconnaissables à leur gros codes-barres — on peut d’ailleurs deviner le code-barres du ticket précédent — sortent des emblématiques automates en plastiques vert mis en service dans les stations de métro en 1987, soit 10 ans après l’inauguration de la première ligne. Dans le tramway, en revanche, on achète encore de petits ticket papier couleurs auprès d’un agent. Le métro et le tramway sont tous deux gérés par la S.E.S.T.P. — Sociedad de Eletrificación de Serralvés e dos Transportes Publicos. Aujourd’hui, seules 5 lignes de tramways perdurent dans les quartiers historiques de la capitale — Marana, Fluencia et Penalta — totalisant 18,2 km de réseau. Le métro, quant à lui, compte 6 lignes et 140 km de réseau. Serralvés possède aussi un important réseau de bus — les micros — mais ce sont de petites compagnies privées qui se partagent le marché. Il y a aussi quatre lignes de trains qui desservent les banlieues sud, mais elles ne sont pas gérées par la S.E.S.T.P. »












