Série de 3 — 2025
Une île, n°1 — Encre et acrylique sur carte 1:75 000 — 102 x 132 cm
Une île, n°2 — Encre et acrylique sur carte 1:100 000 — 102 x 142 cm
Une île, n°3 — Encre et acrylique sur carte 1:150 000 — 75 x 88 cm
Récit écrit à la machine à écrire sur papier Tomoe River 52 g/m2.
Ce travail est une fiction cartographique, un dialogue entre le réel et l’imaginaire, entre la carte, le dessin et la peinture. J’ai pris un territoire existant pour en inventer un nouveau. Comme le ferait un monteur avec sa pellicule, j’ai découpé un morceau de réel pour le faire entrer dans une carte plus vaste, pour le mettre en relation avec un atlas imaginaire et intime. Il ne faudrait surtout pas y voir une anticipation dystopique sur la montée des océans. C’est un récit naïf, joyeux et poétique. C’est tout simplement une carto-fiction : un récit de voyage imaginaire par lequel mon esprit s’évade.
« C’est Une île (appelons-la Talcan) d’environ 60 km par 63 km, pour une superficie d’environ 2500 km2. Sa population est de 78 800 habitants et sa capitale administrative, Aurillac, en compte 25 600. Le relief de l’île est hérité d’un ancien volcan aujourd’hui éteint qui se serait affaissé il y a 2 millions d’années à la suite d’une gigantesque éruption. Aujourd’hui le point culminant de l’île atteint 1282 mètres d’altitude. La géomorphologie de l’île à été modelée par l’érosion des anciens glaciers, formant une vingtaine de vallées qui s’étirent en rayons vers la périphérie et qui se terminent en rias — de petits fjords — sur les côtes sud et est. Ces vallées dessinent de vastes plateaux basaltiques rayonnants, typiques des étendues de pâturage, qui se prolongent sur la côte nord-ouest par des versants littoraux inclinés et de petites falaises. Au sud-ouest, une lande au relief peu marqué forme une petite baie aux eaux calmes appelée Rade des Cham. L’île bénéficie d’un climat océanique humide et frais avec un fort taux d’ensoleillement.
L’ensemble du territoire est rural et son économie repose principalement sur l’agriculture, la pêche et, dans une moindre mesure, le tourisme. Les célèbres vaches rousses à cornes qui occupent les pâturages sur les hauts plateaux de l’île sont à l’origine de plusieurs fromages typiques. La pêche se concentre principalement sur le thon, la sardine, le merlan et le poulpe, mais aussi sur les pouces-pieds et les coquilles. Sur les terres situées à moins de 300 mètres d’altitude, on cultive la pomme de terre, le chou, les lentilles et on récolte de nombreux champignons et fruits sauvages. La cuisine de l’île est réputée pour ses truffades, ses soupes de coquillages, ses tourtes aux fromages, ses choux farcis, saucisses, tripes, etc. Mais le plat emblématique est la Caldeira Cantala, un ragoût terre-mer mêlant coquillages, morceaux de poulpe, poitrine et épaule de veau, saucisses, lard, choux, pommes de terre, champignons, herbes et myrtilles, le tout arrosé de crème et de vin blanc et cuit durant plusieurs heures.
Trois grandes lignes de ferry rejoignent l’île au continent depuis Aurillac : Port-aux-Mailles, 4 à 6 fois par jour, en 3 heures, Saint Henry, tous les deux jours en 11 heures, Tavalno, 1 fois par jour en 8 heures. L’aérodrome d’Aurillac assure une dizaine de vols nationaux quotidiens. Une voie ferrée fait le tour de l’Île : trois lignes électrifiées assurent les liaisons Aurillac – Murat et Aurillac-Mauriac, 8 fois par jour en 40 et 60 minutes respectivement, ainsi que Mauriac – Riom, 3 fois par jour en 30 minutes. Une dernière ligne automotrice diesel assure la liaison Riom – Murat 2 fois par jour en 50 minutes. »
Les trois cartes peintes de la série Une île sont chacune accompagnées d’un texte. Ce texte est conçu comme un guide pour accompagner le public dans mes rêveries cartographiques ; une sorte d’invitation au voyage. Il présente les caractéristiques géographiques, sociales et culturelles de l’île imaginaire. Matérialiser ce texte a été pour moi une évidence : valoriser l’écriture qui a trop souvent tendance à demeurer virtuel. Je me suis donc équipé d’une machine à écrire — une Brother AX 130 — et ai dactylographié le texte sur un papier Tomoe River 52 g/m2. L’extrême légèreté de la feuille et les inévitables fautes de frappe rendent l’objet unique, fragile et délicat.











